MENNECY ET SON HISTOIRE
Association régie par la loi de 1901

Dans un lieu source de vie,

un réseau hydraulique seigneurial.

Une fontaine de quatre siècles



 

par Nicole Duchon

 

LE DECOR

Manassiacum, la terre de Minacius, a été de tout temps habitée par les hommes. Son sol livre aux chercheurs silex taillés et fibules gallo-romaines; son église à deux nefs, prototype du Moyen-Àge, défie le temps depuis le XIIIe siècle; son parc de Villeroy tire son origine de la Renaissance, son centre-ville ne cache pas ses cours populaires et sa bourgeoisie montante du XVIIIe siècle tandis que les lotissements cossus et les pavillons des nouveaux quartiers de notre époque lui donnent un air de jeunesse.

En fait, notre éclectique cité est aujourd’hui un tout, qui tire son caractère de ses différentes constituantes : un domaine appartenant au roi, une ferme d’origine gallo-romaine et un village vassal d’une église. L’ensemble fut réuni au XVIIe siècle par Nicolas IV de Neufville. Son fils, Charles d’Halincourt, seigneur de Villeroy, aménagea confortablement le parc et le château et l’une de ses principales préoccupations fut de conduire à Villeroy l’eau claire qui jaillissait généreusement au sud-ouest du vieux village.

SOURCES ET FONTAINES

Jusqu’au XVIIe siècle, le village de Mennecy, dont le tracé du coeur historique date du Moyen-Age, était village vassal de l’église Notre-Dame de Corbeil, qui le tenait vraisemblablement du roi. En effet, plusieurs documents suggèrent cette ancienne appartenance : l’un deux date de 1409 et confirme le bail fait à Jehan de l’Isle « de trois quartiers de vigne sis audit Mennecy, tenant au chemin du roi »; un autre de 1453 concerne une maison sise « sur le chemin du roi qui va en gaudine », il s’agit de l’actuelle rue de la Fontaine, appelée autrefois « la Fontaine Godaine ». (A.D.E. G 1096).

 
Rue de la Fontaine Gaudaine                                                                                                                     (plan terrier de 1750)
 

C’est en fait la source principale, qui existe toujours, captée dans un réservoir que dissimule un revêtement de bitume, sous la chaussée. Cette fontaine communique avec d’autres points d’eau, dont au moins une source (peut-être celle que l’on trouve sous le nom de « Fontaine Saint-Jean »), une autre fontaine datant de 1623 (dite « la Fontaine Couverte »), des réservoirs souterrains très anciens captant les eaux de la plaine (cavités qu’il reste à localiser), un regard construit en 1770; le tout relié par de belles conduites maçonnées qui rejoignent un deuxième regard (appelé « la cave aux renards ») et une superbe citerne à piliers et voûtes, ces deux derniers bâtiments étant situés dans le parc de Villeroy.

 
Le réservoir d’eau a aujourd’hui perdu son toit de tuiles.                  (clichés W. Duchon)
 
Le grand réservoir des eaux qui alimentait les fontaines, la buanderie et les bains du château.

 

En réalité, le château de Villeroy, l’une des plus belles demeures de la Renaissance en France, bâti sur le flanc du côteau qui borde l’Essonne, manquait d’eau ! Comment alimenter les bassins, les fontaines, les étangs, attributs incontournables des jardins à la mode ? Comment satisfaire avec intelligence le plus raffiné des seigneurs, vraisemblablement courroucé de voir couler gaiement les rus, ça et là, dans le village ? Il n’était pas encore question de machine qui aurait permis de « faire remonter » l’eau de la rivière (elle sera envisagée plus tard, mais l’étude ne sera pas menée à terme).

À tout seigneur... tout pouvoir ! Faisons venir l’eau de Mennecy vers Villeroy !

 

LE BON VOULOIR D’UN SEIGNEUR
(À travers les marchés d’ouvrages et les contrats notariés.)

12 octobre 1623 (étude de Villeroy) :

« Furent présents Simon Collignon, maçon tailleur de pierre, demeurant à Fontenay-le-Vicomte et Ludovic Bonnemoeurs, aussi maçon fontainier demeurant à Fontainebleau, lesquels ... se sont obligés... pour Monsieur d’Halincourt...
À savoir de faire soixante et dix toises de rigoles ou ce qu’il en faudra pour le ramassage des eaux et sources que Monseigneur désire faire venir au château de Villeroy du village de Mennecy. Creuser plus profond que le fond de la grande fontaine...
Plus seront tenus fournir tant et si grande quantité de quartiers de grès qu’il en faudra pour lesdites rigoles et autres ouvrages...
Plus fourniront la taille de grèserie qu’il faudra pour faire le bassin et regard de ladite fontaine...
Plus feront la maçonnerie du bassin et regard...
Seront tenus de mener et conduire lesdites eaux là où il sera montrer par Monsieur de Champrony, capitaine et gouverneur du château et marquisat de Villeroy... »

1er  décembre 1669 (étude de Villeroy) :

« Vente faite par Jean David, vigneron, demeurant à Mennecy, au duc de Villeroy, de dix huit pieds de terre en carré (37 ca), à prendre dans plus grande pièce du côté de la rue Baillet (actuelle rue du Ru) .»

28 décembre 1669 (étude de Villeroy) :

«  Vente faite par André Chanteclerc, vigneron et Catherine Robillard, sa femme, à M. le duc de Villeroy, de six toises de terre ou environ (12 ca), faisant partie d’une plus grande pièce au village de Mennecy, au bout du jardin où demeurent les vendeurs, dans lesquelles six toises il y a une fontaine et source d’eau... »

27 octobre 1790 (étude de Villeroy). Rappel d’une situation datant de 1770 :

« Marie Mahy, veuve de Jean Brouillot, cède quatre perches de terre, prises vingt ans auparavant par le duc de Villeroy (il s’agit de la régularisation d’un acte autoritaire) pour former et établir le regard et entrée du réservoir des eaux du château de Villeroy et le talus dudit réservoir formant un cintre ... , le tout pris dans une pièce lieudit la Fontaine Couverte. »

 

4 septembre 1891 - Description du domaine de Villeroy (étude de Me Cros à Corbeil) : (A.D.E. 2 E 20/243)

«  Bande de terre cadastrée n° 225 et 226 : ... dans cette bande existe un regard voûté avec escalier en pierre pour y descendre.
Dans ce regard, se trouvent des réservoirs souterrains recevant les eaux d’une direction qui semble être celle de la plaine de Mennecy. Ces eaux sont dirigées dans le grand réservoir du château par une conduite voûtée, tout au moins en partie, en traversant le chemin de Fontenay à Echarcon et une partie du Parc (actuelle avenue de Villeroy). »

Même acte :

« Les eaux sont fournies au château par un grand réservoir voûté à piliers... »
« La conduite d’alimentation des eaux du grand réservoir du château traverse en partie, venant du regard existant dans la bande de terre (citée plus haut)... Entre le réservoir et ce regard, se trouve un autre regard appelé « la cave aux renards », qui semble se trouver sur ladite conduite. »

 

CONCLUSION

En 1995, Villeroy est un beau parc communal, destiné à la promenade et au plaisir du contact avec la nature. Le randonneur peut y trouver un point d’eau moderne, simple robinet qui n’a rien de secret, extrémité d’une conduite de plastique non moins moderne, qui semble ridiculiser les énormes ouvrages mis autrefois en chantier pour capter, puis conduire, la précieuse eau qui manquait au confort et au plaisir du seigneur.

Depuis le début du XIXe siècle, il n’y a plus de château. Il est tombé victime d’un aventurier qui, curieusement, a utilisé les pierres pour construire, quelques centaines de mètres plus bas, un canal, dans le lit de l’Essonne !

Tandis que dans le parc et le village, demeurent aqueducs et bassins, regards et bâtiments, dont l’utilité oubliée rend troublante l’existence, les anciens parlent des « souterrains » de leur jeunesse, de ces couloirs de jeux si longs, qu’à les entendre, ils devaient faire le tour de la planète pour rejoindre un lieu mystérieux, dangereux ou sacré ! Loin des rêves d’enfants, la Fontaine Couverte et son aqueduc sont éléments physiques et visibles des détails fournis par les documents d’archives.

 
La fontaine Couverte du duc de Villeroy, telle que l’on pouvait encore la voir en 1990 dans un jardin privé de la rue de la Fontaine.

 

Souhaitons que nos recherches et nos publications stimulent l’intérêt des spécialistes et du public pour cette oeuvre d’art, témoin de quatre siècles d’histoire de notre village.

 


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