MENNECY ET SON HISTOIRE
Association régie par la loi de 1901

Mennecy sous la Révolution

Conséquences nationales d'une petite querelle de clocher



 

(Synthèse tirée du livre :
« Mennecy sous la Révolution » de Pierre Blanchot
┼, Nicole Duchon, André Fouché┼ et Monique Vollant.)

 
Couverture du livre : Mennecy sous la Révolution, éd. Amatteis, Le Mée-sur-Seine,1989.

Nous sommes en 1793.

À Mennecy, la bataille politique fait rage. L'ancien maire, Jean Michel Delanney, est toujours le ministre du culte catholique de la commune et s'oppose à l'équipe municipale en place.
En ces temps tumultueux, 1'accusateur peut vite devenir l’accusé. Aussi, allons-nous observer un assaut de démagogie entre les deux clans politiques opposés, chacun s'efforçant de faire mieux que l’autre pour capter l'attention des autorités. Le terrain choisi pour la rencontre est d'actualité : la déchristianisation est en marche.
Les enfants du curé Delanney portent des prénoms républicains dès septembre 1792, Depuis avril 1793, certains bébés menneçois se prénomment Auguste Esprit Républicain ou Fédérée Jeannette Marie.

 

               Signature de Jean Michel Delanney au bas de son acte de mariage                            (ACM)

En juin 1793, un décret interdit aux prêtres de porter le costume ecclésiastique même dans l'exercice de leur sacerdoce. Certains commissaires en mission prêchent contre le catholicisme.
Le Comité central des sociétés populaires fait circuler une pétition dans le but de demander à la Convention la suppression du salaire des prêtres et la chute du culte constitutionnel et les quarante membres de la société populaire menneçoise sentent bien d'où vient le vent. Le 3 novembre, ils se réunissent et décident que les vases sacrés et ornements seront enlevés de l'église qui deviendra le lieu d'assemblée de la société populaire. Tout culte catholique y sera interdit. Le Conseil général de la commune entérine le lendemain, profitant du fait que le curé Jean Michel Delanney est à Corbeil. Ce dernier, prévenu par ses amis, envoie à son épouse le billet suivant :

 

Corbeil, ce 14 Brumaire de l’An IIe de la
République française une et indivisible

Ma femme,
J'apprends des citoyens Jonquet et Jacomond qui viennent de paraître au Comité révolutionnaire pour assurer les membres qui le composent qu'une trentaine de citoyens avaient enlevé de l’église les ornements et autres objets servant au culte, que la municipalité avait posé deux gardiens chez moi afin que les vases sacrés qui y sont déposés pour plus grande sûreté n'en soient pas distraits. Tu remettras le tout à la municipalité, et tu t'en feras donner décharge. Point d'inquiétude. Vive la République !
Ton ami,
(signé) Delanney

 

 

L'expression « Point d'inquiétude » se veut rassurante. En vérité, Jean Michel Delanney a perdu sa sérénité. La tactique de ses adversaires est habile. Comment y faire face ? Comment faire « plus fort encore » ?
D’après les déclarations de Pater et Bellanger, c'est dès le 21 octobre 1793, que Delanney « avait proposé de faire son abjuration ». Le 5 novembre, Jean Michel Delanney dépose sur le bureau du comité de Corbeil tous les titres relatifs à ses fonctions sacerdotales. Il proclame ne plus vouloir être prêtre, être tout à la République, que son évangile et celui de ses concitoyens serait désormais celui de la Constitution, des Droits de l’homme, et du citoyen et qu’il professerait toute sa vie ce qu’il avait professé ouvertement depuis quatre ans : la Liberté et la mort des tyrans.
Malgré cela, les élus menneçois poursuivent leur idée. Le 6 novembre, leurs délégués se mettent en route pour Paris avec l'intention d'apporter à la barre de la Convention, « 1'argenterie de leur ci-devant église, et les affublements inutiles de son prêtre ».



 
Le 13 Frimaire, coiffé de son bonnet phrygien, Jean Michel lit devant le conseil la pétition rédigée par l'équipe Guérin et déposée le 19 Brumaire précédent à la Convention
 
A.N. Archives de la Convention

En cours de route, un gendarme mandaté par le district de Corbeil, se présente à l'auberge où ils logent et demande que lui soient remis « les ornements, croix et bannières » et met cinq délégués en état d’arrestation.
Parallèlement d'autres opposants de Delanney sont arrêtés à Mennecy.
Pour bien sentir le frisson d'effroi qui parcourt la commune, il faut se remémorer que, du 24 au 31 octobre, a eu lieu à Paris le procès et l'exécution des Girondins, Les prisons de la République ne sont pas des prisons d'opérette !
Au total 16 Menneçois sont emprisonnés et, parmi eux, Jean Guérin, « le maire ».
Néanmoins, les délégués qui n'ont pas été arrêtés ont poursuivi leur chemin jusqu'à l'Assemblée nationale où ils sont admis à la barre le 6 novembre.
Ils dénoncent l’inutilité d'un prêtre salarié dans leur commune et offrent à la nation les anciens objets sacrés devenus superflus. Pour montrer encore plus leur engagement républicain, ils demandent que Mennecy puisse désormais s'appeler MENNECY MARAT, en hommage au célèbre journaliste devenu martyr.

 
 
En-tête Mennecy Marat (acte de décès du 5 Vendémiaire An IIIe).              (ACM)
 
   

Leur intervention est suivie d'un tonnerre d'applaudissements. Immédiatement la Convention décrète :

 

 Sur la proposition faite par les habitants de la commune de Mennecy, département de Seine et Oise, dans leur pétition à la barre de la Convention nationale, d'abolir l'établissement d'une paroisse dans l'arrondissement de leur commune,
la Convention passe l'ordre du jour motivé par le droit qu'ont tous les citoyens d'adopter le culte qui leur convient et de repousser les intentions religieuses qui leur déplaisent, décrète l'insertion des propositions des habitants de la commune de Mennecy et des motifs de sa détermination au bulletins.

 

 

Suivant l'initiative des délégués menneçois, la Convention vient de déclencher le mouvement de déprétisation qui, en très peu de temps, va devenir déchristianisation au niveau national.

 
   
 
       Décret de la Convention Nationale relatif à l'abolition d'une paroisse dans la commune de Menney, du 16 Brumaire An IIe  
A.N. Archives de la Convention
 
 


 



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