MENNECY ET SON HISTOIRE
Association régie par la loi de 1901

 

(Texte tiré de la revue de l'association no 80, juin 2004)

Le lavoir de Mennecy

                                                                                                         par Nicole Duchon

 

Danger !

 

Pas la peine d’y aller par quatre chemins : le lavoir de Mennecy est effectivement en danger et contrairement à la majorité des communes de la vallée de l’Essonne, notre ville ne peux pas programmer sa restauration car le lavoir ne lui appartient plus ! En effet, depuis une vingtaine d’années, au moyen d’un contrat dont nous ignorons la qualité et les détails, la parcelle supportant cet édifice chargé d’histoire est sortie du patrimoine communal et devenue propriété privée.

Si la municipalité souhaite une opération salvatrice, elle peut la demander à son propriétaire. Or, ce dernier, déçu de ne pas pouvoir réaliser une opération de construction sur sa parcelle (aujourd’hui frappée d’interdits ou de réserves en raison de la protection de la vallée), n’a peut-être pas envie de pousser le mécénat jusqu’à une restauration et une remise à la ville contre l’euro symbolique. Il faut donc que la commune redevienne propriétaire par don ou achat, afin d’alerter les autorités sur l’état de vétusté de l’espace et d’obtenir quelque subvention utile à la sauvegarde de la berge et des constructions menacées.

C’est pour aider à cette éventualité que nous prenons notre clavier en main, afin de tracer l’histoire des lieux et de justifier, s’il en est vraiment besoin, de l’intérêt culturel de cet espace près de la rivière, qui a vu, entendu, vécu, les moments les plus étonnants de la vie des Menneçoises d’antan.

Pour le bien-être de leur famille, les douces dames trempaient, frottaient, battaient, tordaient... au point d’user leurs vertèbres dans une lutte sans merci contre des kilos de linge glacé. Fi des rhumatismes, crevasses et engelures, l’honneur de la lavandière résidait alors dans la blancheur du drap !

En mémoire d’elles, osons. Allons jusqu’à envisager, non pas la renaissance (Monsieur Bendix et la fée Electricité sont heureusement passés par là), du moins la restauration de notre lavoir communal, tel qu’il fut construit en 1877, dans un but de salubrité publique et en raison d’un réel besoin social.

                                                                                              Nicole Duchon
                                                                                                  présidente


 

Autrefois, l’homme occupait l’espace naturel en fonction des ressources que lui apportait le lieu.
Qui dit lavage du linge, dit besoin d’eau propre en assez grande quantité. Et qui dit besoin d’eau propre à volonté, dit citerne ou cours d’eau.
Il n’est sans doute pas inutile de mettre en relief ces détails : hier, même si l’on avait la chance d’habiter un village installé près d’une rivière, pour pouvoir faire correctement sa lessive il fallait pouvoir accéder à une berge solide, même sommairement aménagée. Par ailleurs, dans un but de salubrité publique, ce lavoir devait être ouvert gratuitement aux familles les plus modestes, afin que chacun bénéficie des moyens nécessaires à une bonne hygiène.
Nous verrons plus loin que ces conditions furent parmi celles que la municipalité locale de la seconde moitié du XIXe siècle eut le plus de mal à réunir, puisque l’on fut obligé de porter « l’affaire du lavoir menneçois » devant les tribunaux. Pourtant, selon les apparences, l’Essonne généreuse coulait tout près du village et semblait parfaitement accessible !
Dans diverses précédentes publications de Pierre Blanchot, nous avons déjà pris connaissance de l’existence, à Mennecy, de deux lavoirs, l’un public, dit « lavoir du Ru », tout petit espace situé rue du Ru, et l’autre, le lavoir Bourdon, installé au bord de la rivière, établissement privé à rapprocher de nos blanchisseries ou pressings actuels.
Le lavoir qui nous intéresse aujourd’hui est celui qui subsiste près de la chaussée de Montauger, lorsque l’on se dirige vers Lisses, avant le lieudit « La patte d’Oie », sur la droite de la route. Envahi par la végétation, scalpé par les tempêtes, il menace de s’écrouler par faiblesse de la berge tourbeuse. Essayons de rebâtir sa curieuse histoire.

C'est la berge qui s'effondre, entraînant les murs et la charpente du lavoir.
                                                                                    (cliché W. Duchon, 1984)

 

« Un lieu occupé de temps immémorial »

Au même titre que le moulin, le four ou la fontaine, le lavoir marque le paysage rural du village. C’est un lieu de rencontre et de sociabilité particulièrement fréquenté par les femmes, surtout au XIXe siècle, lors de la prise de conscience de la nécessité de l’hygiène pour lutter contre les épidémies.
Néanmoins, sous l’Ancien Régime, les villages riverains de l’Essonne sont déjà équipés de lavoirs installés au fil de l’eau, témoin un dossier que nous avons trouvé il y a une vingtaine d’années dans les archives du bailliage de Villeroy. Ces documents d’archives concernent une affaire qui s’est déroulée en 1734 au lavoir d’Ormoy où deux lavandières se sont violemment opposées (pour un motif qui reste inconnu). L’une d’elle, gravement blessée par les coups de battoir assénés par l’autre, fut alors tenue, d’après le certificat du Maître chirurgien, « à garder le lit et le repos l’espace de dix ou douze jours ou environ et d’être bien et assidûment soignée pendant lequel temps ».

Face au lavoir actuel, la rive gauche où se trouvait autrefois le lavoir, objet du
contentieux avec Challeton et la commune.
C'est sans doute l'emplacement de blanchissage du linge le plus ancien.
                                                                                   (cliché W. Duchon, 2004)

Dans une lettre écrite en 1873 par le Préfet de Seine-et-Oise au Ministre de l’Intérieur, on apprend que la commune de Mennecy occupe une parcelle au bord de l’Essonne « depuis un temps immémorial ». C’est d’ailleurs sur cette parcelle qu’elle a construit, dès 1816, un lavoir de « 20 pieds de long » (nous prendrons connaissance ci-après des circonstances qui ont conduit la municipalité à apporter ces éléments indispensables à l’établissement de sa propriété).
L’intérêt de cette déclaration réside dans le fait que l’on fasse remonter l’installation, même sommaire, d’un lieu spécifique au lavage du linge, à une époque suffisamment reculée pour que la date échappe à la mémoire des hommes.
Ce que nous pouvons toutefois affirmer sans hésitation, c’est que ce lieu situé près d’un pont sur la chaussée de Montauger, n’a pu être accessible par ladite chaussée que depuis 1705, année de sa construction.
C’est en tous cas, à cet endroit, qu’au XIXe siècle, se trouvent les lavoirs communaux, comme le témoignent les divers textes ou plans que nous avons pu retrouver. Il est donc vraisemblable que l’eau coulant dans ce bras de l’Essonne était là plus propre qu’ailleurs et que la force hydraulique, surtout utile à l’opération de rinçage, n’était pas négligeable. (De nos jours, le courant reste particulièrement rapide à cet endroit, malgré l’installation des marais alentours.)

Plan en coupe du lavoir actuel dressé en 1895.                                                                (A.D.E.)

Partie gauche en entrant.              (Cliché W. Duchon, 2004)

Des mesures d’hygiène

S’il est incontestable que la notion d’hygiène liée aux progrès de la médecine date du début du XIXe siècle, il ne faut pas croire pour autant que tout n’était qu’ignorance et crasse auparavant. La saleté de Versailles, même réelle, doit rester un cliché qu’il ne faut pas généraliser.
De nombreux détails rencontrés dans les archives locales nous donnent des indices suffisants pour pouvoir avancer que la propreté du linge et du corps n’était pas absente de la vie quotidienne d’Ancien Régime. Les dépendances du château de Villeroy comprennent des bains. Il arrive que l’on trouve une baignoire dans certaines maisons bourgeoises. L’épicier du village vend du savon. Les inventaires après décès révèlent des chemises, mouchoirs et bonnets en assez grand nombre pour que l’on puisse se changer en attendant la prochaine lessive, qui aura lieu dans plusieurs semaines !

Le petit cabinet d'aisances construit après décision du conseil municipal, soucieux de salubrité publique.
                                                 (cliché G. Charpagne, 1997)


Un détail relevé dans les archives d’une autre affaire portée devant le bailli de Villeroy, nous montre que cette notion de propreté n’était pas réservée aux plus aisés.
En avril 1699, un enfant abandonné est trouvé dans le cimetière de Mennecy, près de l’église. Après une enquête, la mère identifiée et arrêtée fait l’objet d’un procès auquel sont convoqués différents témoins, dont une majorité de femmes. Toutes témoignent des bons soins apportés par la mère à l’enfant avant l’abandon. Elles l’ont vue dans la saussaie « l’allaiter et le baiser par plusieurs fois et le coucher à terre pendant qu’elle fut laver ses linges à un ruisseau qui coule le long de ladite saussaie et les étendit pour les faire sécher. »
Voilà un exemple de solidarité féminine qui nous livre, au passage, sa brochette d’informations sur les notions minimales d’hygiène apportées aux nourrissons ainsi que sur les valeurs reconnues d’amour maternel émanant d’une pauvre fille parmi les plus démunies.

Lundi, jour de lessive ?

Culturellement, il semble que le choix de ce jour soit traditionnel (chez les plus aisés). Il peut s’expliquer par le fait que lundi suit dimanche, jour gras qui a monopolisé les ménagères autour du fourneau. Le lendemain, il reste quelques reliefs du repas qui peuvent être accommodés rapidement tandis que l’on consacre son temps au linge.
En réalité, le ou les lavoirs de Mennecy servaient tous les jours de la semaine. Témoin un écrit de l’Autorité administrative du 28 décembre 1817 qui réglemente l’accès des lavoirs communaux (pour les étrangers à la commune). Ces personnes ne pourront « pas être plus de six les jours ordinaires de la semaine, à l’exception des mardis, jours de marché, où il en pourra être admis un plus grand nombre… ».

Signature d'une blanchisseuse sur le registre du commissaire lors de l'enquête publique
des 13, 14 et 15 août 1873.                                                                        (A.D.E.)


Comme nous l’avons dit précédemment, lorsque l’on prend connaissance de la quantité de pièces de linge de corps ou de maison dénombrées dans les inventaires après décès, il paraît peu probable que l’on ait consacré tout un jour par semaine à la lessive et l’on est plutôt conduit à imaginer quelques grandes lessives par an. C’est sans doute vrai pour l’Ancien Régime, mais cela le devient moins à partir du début du XIXe siècle. Dans le règlement cité ci-dessus, on précise que « les personnes qui font régulièrement des lessives chaque semaine pourront arrêter leurs places à l’année, à des jours marqués de la semaine, en payant d’avance. ». Voilà un point qui apporte une certitude : il y a, dès 1817, des ménagères qui lavent leur linge de façon hebdomadaire (même si il s’agit des plus petites pièces). Notons par ailleurs que cela permet à la commune de compter sur une rentrée d’argent puisque il s’agit de faire payer les étrangères à la commune, vraisemblablement celles qui viennent des villages voisins non riverains de l’Essonne (en attirant les femmes les jours de marché, on fait d’une pierre deux coups !).
Quel que soit le jour de lessive, du trempage du linge à l’étendage près de la rivière, la vaillante ménagère, ou celle qui exerce la profession de lavandière, passe par les dures étapes du blanchissage.
Dans un premier temps, le linge sale est mis à tremper dans de la « lessive » faite à partir de cendre de bois ou de soude, arrosée d’eau bouillante, c’est l’opération de « coulage ». Certaines pièces sont mises à bouillir dans une lessiveuse. A l’issue de ces opérations chimiques, il faut, dans un deuxième temps, procéder au lavage proprement dit qui va nécessiter l’utilisation de la force musculaire. La ménagère peut laver son linge chez elle, si elle dispose d’eau courante à proximité de sa maison (un ru ou une mare fait souvent l’affaire). Sinon, elle doit descendre vers la rivière, la brouette chargée, afin d’effectuer les diverses opérations (nous verrons plus loin qu’à Mennecy, à partir de la fin du XIXe siècle, un service d’eau chaude était proposé dans la « coulerie », près du lavoir, dans un bâtiment qui existe encore de nos jours).
Chaque lavoir compte de dix à vingt places, en fonction du nombre de ménages. Afin de bénéficier de l’eau la plus claire, il est préférable d’être installée le plus en amont, aussi faut-il arriver la première. De même est-il nécessaire d’être rapide en besogne afin de bénéficier des meilleures heures de soleil pour le séchage. Là encore, les meilleures places de pré ou d’étendoirs sont prisées. Nombre de « bagarres » verbales ou physiques sont souvent dues à des litiges engendrés par ce type de détails, auxquels on peut ajouter les papotages (voire les ragots), les sous-entendus, les ricanements, qui pimentent et rythment le monde des femmes au dur labeur.
Cela n’empêche pas l’amitié. Le lieu est propice aux rencontres entre femmes et elles y trouvent une part d’identité féminine. A Étampes, les dames du lavoir fêtaient la Sainte-Marie le 15 août et, en 1907, trois d’entre elles se virent offrir des bouquets par leurs camarades.
La lavandière travaille à genoux, penchée au bord de l’eau. On imagine la difficulté : se maintenir en équilibre alors que le bras droit est armé d’un battoir et que le gauche est lesté de plusieurs kilogrammes de linge mouillé qui déplacent d’autant le centre de gravité du corps de la mère de famille, que celle-ci a souvent quelques mois de grossesse. Cela paraît relever de l’exploit et pourtant cela reste banal, tant la ménagère d’autrefois est entraînée à ce type d’exercice (on connaît malgré tout quelques plongeons au caractère comique ou dramatique). Les taches sont enduites de savon et brossées contre une planche à laver en bois strié. Tant que la tache reparaît, il faut actionner la brosse en chiendent. A l’issue du lavage, on rince le linge en le plongeant et en l’agitant avant de le battre à nouveau pour en extraire les restes de savon souillé. Une fois, deux fois, trois fois. C’est le nombre de tours nécessaires à un bon rinçage. Le linge est ensuite essoré par torsion (sauf pour les pièces de couleur fragile qui sont simplement égouttées). Cette étape de torsion demande souvent l’aide d’une autre personne et l’on échange volontiers ce service.
(Qui ne se souvient pas d’avoir, enfant, apporté son aide lors de cette opération. Le drap était ramassé dans le sens de la longueur et chacun saisissait une extrémité. Face à face, les deux intervenants tordaient le linge en le faisant tourner dans le sens des aiguilles d’une montre. L’eau s’échappait au fur et à mesure de la torsion qui devenait de plus en plus difficile. Cependant, malgré la difficulté, il ne fallait pas lâcher prise car le drap encore humide risquait de se salir à nouveau en tombant par terre ! Ce qui avait commencé comme un jeu devenait alors une épreuve de force d’où l’on ressortait déçu ou vainqueur.)
Sur la rive droite de l’Essonne, les jours de beau temps, le linge est étendu au soleil pour le séchage. Ce sont les trente-trois peupliers qui servent de poteaux entre lesquels on tend des cordes. A l’issue de l’étendage, les vaillantes ménagères s’accordent un moment de repos et s’endorment souvent à l’ombre une petite heure, bénissant le ciel du temps clément : la brouette sera d’autant plus légère à remonter vers le village que le linge sera sec !

Le lavoir communal, de la simple berge au confort moderne

La grande lessive              
                                   (Félicie Schneider,1882)
Les laveuses
 (Auguste Renoir, 1912. Collection particulière)

 

C’est le 29 octobre de l’année 1816 que la commune de Mennecy se dote de lavoirs couverts « ce jour, il a été procédé à l’adjudication de deux lavoirs à construire près le pont de Mennecy. Les ouvrages de maçonnerie, de couverture en roseaux ont été adjugés, ainsi qu’il est dit au procès verbal, au sieur Fournier Simon, moyennant la somme de cent cinquante francs. Les travaux de couverture de charpente ont été adjugés au sieur Picot, charpentier, moyennant la somme de quatre cent quatre vingt quinze francs ».
Ces deux lavoirs (aux romantiques toits couverts de roseaux) apparaissent très nettement sur le plan cadastral de 1823. Situés face à face, près du pont de la Patte-d’Oie (réduit alors lui-même à une sorte de passage rétréci). Ils étaient construits sensiblement au même endroit de la rivière que l’actuel vestige en péril. Celui de la rive droite, édifié sur la parcelle 1524 du cadastre occupait 50 m2 et offrait 15 places, tandis que celui de la rive gauche, signalé sur la parcelle 1333 était construit sur 30 m2 et contenait 8 places. (Les deux parcelles sont déclarées communales en 1823).
En 1850, la commune procède à un échange avec M. Louis Delhumeau qui, par lettre du 28 avril, « promet et s’engage à titre d’échange avec la commune de Mennecy de laisser toute la portion de terrain qui se trouve entre la route départementale n°30, la rivière de l’Essonne et la fausse rivière qui vient d’être établie, moins une banquette attenant à cette fausse rivière d’une largeur d’un mètre dans toute sa longueur et d’une superficie de 50 ca. Ladite portion de terrain présentement cédée, contenant 5 a 78 ca , y compris ce qui est sous le lavoir et à prendre dans les numéros 1524 et 1525 du cadastre section A, en échange de… ». La commune devient donc propriétaire d’une plus grande parcelle sur la rive droite, ce qui va permettre d’agrandir le lavoir de cette berge (il atteindra ainsi 32m de long en 1895, puis sera à nouveau réduit plus tard).
Le 18 juillet 1866, le conseil municipal de Mennecy vote le principe de reconstruction des deux lavoirs de 1816 devenus vétustes, alors que les constructions annoncées sont en cours sans qu’aucun budget n’ait été prévu, ce qui fait réagir le sous-préfet qui demande régularisation. Le conseil s’exécute aussitôt : ce seront les plus imposés de la commune qui paieront. La préfecture ne voit aucun inconvénient à cette décision et après quelques jeux d’écriture, les 3 780,24 francs nécessaires sont enfin réunis, en décembre 1866, alors que les travaux sont terminés depuis presque six mois. (Il est sans doute dommage que la commune n’ait pas agi plus tôt : le 3 décembre 1851, l’Assemblée nationale, « décidée à soulager les classes laborieuses », avait voté un crédit de 600 000 francs, « destinés à la construction de lavoirs publics, devenus des équipements prioritaires ». Voilà peut-être une occasion de subvention manquée.)
En 1866, Mennecy compte ainsi deux beaux lavoirs neufs et agrandis. Tout va donc pour le mieux ? Pas tout à fait car c’est compter sans la réaction imprévisible et vengeresse d’un personnage local particulier : Jean-François Félix Challeton.

L’empêcheur de laver en rond

Cet ingénieur agronome, issu d’une famille de notaires et de médecins arrive au château de Montauger à moins de trente ans, entre 1851 et 1856. Voisin de la ville de Mennecy, il fréquente très vite les notables locaux avec lesquels il se lie d’amitié ou au contraire d’inimitié. Il faut dire que l’homme fait preuve de caractère : fondateur du Parti révisionniste, soutien du général Boulanger, Conseiller général républicain, il est également l’auteur du « système Challeton », un nouveau procédé de carbonisation de la tourbe (à ce sujet, Mennecy et son Histoire a reçu en don des objets en tourbe sculptée, dont un pot au chiffre de Félix Challeton). On ajoutera pour mémoire le titre d’un agréable roman « L’abbesse de Montauger », auquel il ne faut cependant accorder aucun crédit historique.
Ce bouillant personnage (il se bat facilement en duel) est un orateur bien connu de son époque. C’est aussi un homme fort susceptible qui n’accepte pas d’être écarté des endroits en vue. A partir de l’automne 1871, il va mener une bataille sans merci contre la pauvre commune de Mennecy, en raison d’un motif que nous découvrirons plus loin … déconcertant !
Le 30 janvier 1873, « M. le maire donne connaissance d’une demande formée par le sieur Challeton, propriétaire à Montauger, tendante (sic) à poursuivre la commune de Mennecy pour avoir fait une construction d’un lavoir sur sa propriété ». Le conseil, après avoir délibéré, « vu le plan cadastral de la commune, vu les plan et devis du petit lavoir dressé par M. Laroche, architecte à Corbeil, considérant que la commune de Mennecy avant de procéder aux travaux de reconstruction et d’agrandissement du petit lavoir communal avait le consentement et l’autorisation, verbale il est vrai, de M. Challeton; que ce n’est que par suite de l’état de vétusté des lavoirs et de l’offre de ce propriétaire d’abandonner à la commune la portion de terrain nécessaire à l’agrandissement de ce lavoir, que lesdits travaux ont été exécutés.
Qu’en outre, il est incontestable et de notoriété, que lesdits faits sont exacts et la représentation de la vérité, on ne peut comprendre pourquoi on laisse passer plus de sept ans (les travaux ayant été terminés en juillet 1866) sans qu’aucune réclamation ait été présentée à la commune. »
On commence à deviner le problème : Challeton cherche des ennuis à la commune au sujet de l’extension du lavoir qui se trouve sur la rive gauche de l’Essonne et qui empiète sur son domaine. Contrairement à l’échange avec Delhumeau qui s’était déroulé de manière officielle, la municipalité, en confiance et sans doute confortée par de bonnes relations avec le propriétaire de Montauger, n’avait pas jugé utile de coucher sur le papier l’autorisation verbale donnée par le notable.
On est tenté de conclure qu’en 1866, Félix Challeton entretenait de bonnes relations avec Louis Marie, César Guerton, le maire de l’époque et que les choses sont différentes en 1873. Effectivement, depuis 1871, ledit Guerton est violemment en conflit avec ledit Challeton. Nous allons voir comment et pourquoi.

D’une affaire de personnes au Conseil d’Etat

Le différend remonte donc à l’année 1871. C’est le sous-Préfet qui nous l’apprend dans une lettre qu’il adresse au Préfet le 24 septembre, à propos d’une querelle portant sur la propriété de deux parcelles de terrain. D’après M. Challeton, elles appartiendraient à la commune et « auraient été envahies par M. Guerton, à titre privé ». Le propriétaire de Montauger, qui possède également des parcelles sur Mennecy, souhaite être autorisé par le Préfet à défendre les intérêts de la commune contre le maire.
Si ses dires sont fondés, la demande civique de l’ingénieur agronome paraît louable. Or, le sous-Préfet précise : « il résulte des explications de M. Guerton, corroborées par celle du Conseil municipal, que la réclamation de M. Challeton n’est aucunement fondée et que c’est uniquement par dépit à raison de l’affaire des pompiers que M. Challeton veut introduire une action contre le maire de Mennecy. »
(L’une des parcelles concerne la cour commune, et non communale, de la rue du Puits-Massé, occupée par le seul Guerton, suite au fait qu’il en est devenu l’unique propriétaire après l’héritage de sa femme Elizabeth Ansoulz. Il a fait clore la cour depuis 1837, après demande et autorisation officielle obtenue du maire de l’époque. En outre, insiste le sous-Préfet : « même si l’espace avait été communal, M. Guerton pourrait invoquer le droit de prescription trentenaire ».- Nous sommes effectivement en 1871, plus de trente années se sont écoulées depuis 1837 -.
L’autre parcelle est une bande de terre près du Chemin Herbeux, qui jouxte celle que possède le gendre de Guerton qui ne l’a d’ailleurs jamais occupée, comme le confirme le Conseil municipal qui appuie son maire).

Plan des lavoirs communaux dressé le 24 août 1872. Sur la rive gauche, le terrain
sujet du litige couvre la surface ABFH, la surface ECGH représentant la partie
du lavoir démolie après le procès.
La buanderie « Ingrain » construite sur le terrain Challeton n'apparaît jamais
dans les éléments du procès ; il s'agit sûrement d'un locataire de Challeton.
                                                                                                         (A.D.E.)

Plan de la propriété Guerton, rue du Puits Massé, en 1872.
C'est la cour A qui est réclamée par Challeton pour la commune. On remarque la pompe située dans l'angle, installée pour capter l'eau de l'ancien Puits-Massé.
                                                                                                         (A.D.E.)

 

Que viennent faire là les pompiers ?

C’est dans un autre courrier du sous-Préfet, lui-même tenu de suivre ce dossier (qui va tout de même monter en Conseil d’Etat) que nous allons trouver la réponse. Le 29 juin 1872, l’honorable administratif précise à son supérieur hiérarchique :
« L’explication de cette affaire, ainsi que j’ai eu l’occasion de vous l’écrire à diverses reprises, est toute entière dans le ressentiment que le sieur Challeton a éprouvé de n’être plus Capitaine des Sapeurs Pompiers de Mennecy. C’est sa mauvaise humeur qui lui a fait inventer cette revendication qui ne repose sur rien de fondé ni de sérieux. J’estime donc, Monsieur le Préfet, qu’il y a lieu, par le Conseil d’Etat, de repousser la demande de M. Challeton et de confirmer purement et simplement la sentence (N.D.L.R : de démolition) prononcée par le Conseil de Préfecture. »
Le 24 juillet 1872, le Conseil d’Etat rejette le pourvoi de Félix Challeton. C’est Louis Jacomond, le garde-champêtre qui est chargé de lui en porter la notification. On imagine la rage du maître de Montauger, écarté de la responsabilité des soldats du feu menneçois, vraisemblablement par l’influence ou la volonté de Louis César Guerton.
En fait, la réorganisation du corps des sapeurs pompiers menneçois est consécutive à la fin de la guerre de 1870. Après le traité de Francfort signé le 10 mai 1871, on procède en France au renouvellement des équipes municipales. A Mennecy, le 14 mai, M. Guerton devient maire à la place de M . Thierry. Or ce dernier, ancien maire s’est permis de convoquer les membres de la compagnie des Sapeurs pompiers menneçois, le 21 mai, afin d’en nommer les officiers.
La réaction de Guerton ne se fait pas attendre : le 24 mai 1871, il convoque le Conseil municipal afin de démontrer que cette nomination des officiers s’est déroulée de manière illégale, tant au niveau de la forme qu’au niveau du quorum. Il demande donc au Conseil d’annuler les nominations du 21 mai.
Voilà de quoi armer Félix Challeton contre Louis César Guerton et son équipe municipale : le propriétaire de Montauger ayant été nommé capitaine, puis remercié !
Il a donc tenté d’atteindre l’honorabilité du maire Guerton par l’affaire des parcelles de terre, débouté, il cherche un autre sujet de contestation et il va s’acharner contre le pauvre lavoir de la rive gauche.

Où l’on revient au bord de l’eau

Il faut tout de même préciser que l’objet de sa revendication porte sur 45 m2 de terrain longeant la rivière, alors qu’il possède des hectares de terre ! Il ne peut pas s’agir d’un problème purement matériel. Il s’agit d’une vengeance.
Pendant l’année 1873, la commune est bien ennuyée. Selon le sous-Préfet, la meilleure formule consiste « à régulariser dans le plus bref délai possible cette fausse situation, afin d’éviter des désagréments de cette nature pour l’avenir, attendu que si la commune a fait cette construction, ce n’est pas dans un but de s’approprier une portion de terrain ne lui appartenant pas, mais seulement par suite de l’abandon à titre gratuit et dans la confiance de la parole donnée par M. Challeton. Il est de toute nécessité et d’utilité publique à ce que la commune conserve la propriété du terrain nécessaire aux besoins dudit lavoir dans l’état. Pour ces motifs, il y a lieu d’en faire l’acquisition par voie d’expropriation pour cause d’utilité publique où à dire d’expert si M. Challeton y consent. Le conseil autorise le maire à acquérir par voie d’expropriation le terrain qui aura pour point de départ la limite de l’ancien escalier appartenant à la commune, déplacé dans le courant de l’année 1870, sans autorisation du conseil municipal. Il demande l’approbation de M. le Préfet, afin de terminer cette affaire dans le plus bref délai possible. »
A l’époque, les municipalités sont très dépendantes des préfectures (les conseillers municipaux et le maire sont nommés par les préfets et doivent demander des autorisations pour tout).
Mennecy, face au refus obstiné d’accord amiable de la part de son adversaire se voit malgré tout refuser l’accord d’ester en justice par le Préfet (on soupçonne une influence). Le propriétaire de Montauger veut la démolition pure et simple de la partie du lavoir qui empiète sur sa terre.
Il s’ensuit un échange de correspondance épaisse entre l’autorité administrative et les parties. Chaque détail est monté en mayonnaise. On voit même les archives de la commune faire l’objet d’une querelle à propos de la légalité de leur communication à Challeton. Le maire ne sait plus ce qu’il doit faire. Le sous-Préfet prend parti en s’adressant au Préfet « Jusqu’à quel point le sieur Challeton est-il fondé à réclamer cette communication (comprenons des archives) ? L’esprit de tracasserie qui l’anime me fait désirer encore plus être renseigné sur ce point de jurisprudence contentieuse. »
Le tribunal civil de Corbeil est saisi. Le sous-Préfet s’inquiète « M. Challeton pourrait obtenir la démolition alors que la commune est en voie de demander l’expropriation dans le but de garder un bâtiment qu’elle sera tenue de démolir, pour reconstruire quelques semaines après. »
Début juillet 1873, faute d’autorisation préfectorale en faveur d’une expropriation, la commune est effectivement condamnée à démolir le lavoir. Elle s’exécute, démolit l’extension faite en 1866, juste avant d’obtenir… la fameuse autorisation ! La procédure d’utilité publique démarre aussitôt et l’enquête est ouverte, sous le contrôle de M. Ravot, le maire d’Ormoy, qui accepte la mission de commissaire enquêteur.
245 personnes, dont une majorité de femmes, viennent en mairie pour donner leur avis. 244 s’expriment en faveur de l’expropriation et de la reconstruction ; un seul, M. Marchand, le géomètre, est contre ; 169 signatures supplémentaires, contenues dans dix pétitions, sont recueillies contre Challeton (Mennecy compte alors 1596 habitants, tous âges confondus. Un quart de la population s’est manifesté !).

Le lavoir, un besoin social

Si les Menneçois se sont sentis aussi concernés, c’est que le lavoir public représente un réel besoin. On le comprend à travers les déclarations du Conseil municipal et du peuple, lors de l’enquête publique.
Le 2 juin 1873,
« Le conseil municipal considérant en outre,
- qu’il est incontestable que les lavoirs, tels qu’ils sont aujourd’hui, sont insuffisants pour les besoins de la commune qui a une population de 1596 habitants, d’après le recensement de 1872, et qui a subi une augmentation assez considérable en septembre et octobre 1872, par suite de l’ouverture de la sucrerie.
- qu’ils ne peuvent contenir que 30 places environ pour les laveuses, chiffre bien inférieur aux besoins des habitants, qui sont en grande majorité des ouvriers chargés de famille, ne pouvant pas payer de places (comprenons au lavoir privé) pour laver le linge.
- qu’il est de notoriété, ainsi que pourra le constater l’enquête à faire dans la commune que ce qui reste dans la pointe longeant la rivière appartenant à la commune est également insuffisant pour lesdits besoins des habitants.
- qu’il y a donc urgence à ce que la commune de Mennecy conserve le terrain qui lui est indispensable du côté du petit lavoir pour subvenir aux besoins des habitants pour y laver le linge des familles ouvrières.
- qu’il y a lieu à remplir les formalités nécessaires dans le plus bref délai possible, pour arriver à l’acquisition par expropriation pour cause d’utilité publique de ce terrain, et approuve le plan ainsi que le rapport avec estimation dressés par M. Girard, géomètre à Corbeil. »
Sur le registre du commissaire enquêteur, les arguments du Conseil municipal sont renforcés par la déclaration de Louis Guerton (N.D.L.R. : nous avons respecté les textes qui sont écrits de manière spontanée et, par là même, pas toujours bien construits) :
« Il est incontestable que le lavoir communal, situé du côté de la propriété Challeton est construit moitié sur un terrain communal et sur un terrain offert verbalement il est vrai par ce propriétaire, afin de le construire parallèle à l’autre situé en face, de l’autre côté de la rivière, ne contient que 15 places, que celui construit en face sur une partie de terrain communal ne contient également que 15 places et que la partie restante du terrain communal longeant la rivière ne pourra donner que 18 places. Ce qui fera 48 places, alors que les besoins sont évalués à 55-60 places, d’après les derniers recensements dont le chiffre officiel est à mettre à la hausse depuis l’établissement de la sucrerie en octobre 1872.
Qu’il est de notoriété qu’avec les 30 places existantes sous les lavoirs actuels, les laveuses mères de famille et autres sont obligées de ne pas se présenter aux lavoirs communaux, faute de places, et d’aller, pour laver leur linge, soit au lavoir de Lisses ou au dehors, où elles peuvent se placer, soit chez elles, et enfin dans des trous de carrière, ce qui n’est pas convenable et contraire à l’hygiène et peut nuire à la santé des habitants. »
Son témoignage est appuyé par Pierre Gilbert, employé, « Faute de place au lavoir communal, les femmes sont tenues de laver chez elles à l’eau du puits, soit enfin même jusque dans les trous de carrière ayant servis aux travaux des eaux de la Vanne, cela pouvant nuire à l’hygiène et à la santé d’un partie des habitants ne pouvant aller au lavoir payant ou posséder de lavoir particulier. »
Le géomètre Marchand, seul opposant à l’agrandissement des lavoirs, argue du fait qu’il y a suffisamment de lavoirs privés dans les maisons les plus importantes de la commune (on appréciera son intérêt pour les pauvres !), et que les ouvriers des eaux de la Vanne ayant quitté le pays cela va rendre moins importants les besoins en places communales.
Le commissaire enquêteur, maire d’Ormoy, conclut en faveur de l’expropriation du terrain Challeton et précise que l’on est arrivé à ce point de mésentente en raison de « froissements d’amour propre » qui se sont produits après la construction de l’agrandissement du lavoir en 1866, ce qui a provoqué le retour sur sa promesse verbale de la part de Challeton.
Malgré le poids des autorités qui souhaitent un accord amiable, le propriétaire de Montauger ne démord pas de son opposition à la commune qui est enfin autorisée à ester en justice. Dans le même espace de temps, Challeton reçoit la notification du Conseil d’Etat concernant l’autre affaire citée plus haut. Vexé, il rentre dans ses terres.

Intervention des femmes lors de l'enquête publique. Elles se signalent à travers
le nom, le prénom et la profession de leur mari.                                     (A.D.E.)

L'une des pétitions d'août 1873.                                                          (A.D.E.)

 

Vers la reconstruction et les aménagements enfin attendus

Le 17 août 1873, le maire, toujours soucieux de l’intérêt des familles ouvrières, indique que les laveuses devraient pouvoir disposer de 75 à 80 places, « qu’il y a bien un lavoir Hivert, mais qu’il est payant à raison de vingt centimes par jour et la classe si nombreuse des ouvriers  ne peut payer cette rétribution. » Il insiste le 10 septembre de la même année et écrit au préfet : « il y a un temps très long d’attente des femmes pour une place, quelquefois sans succès !» Le 17 novembre, enfin, on apprend qu’une « quête » a été faite à domicile dans la commune, qu’elle a permis de recueillir 156 francs qui seront employés à payer le « lavoir à découvert sur le bord de l’Essonne qui vient d’être construit en remplacement de celui qui a été démoli ».
On comprend que faute de moyens, la commune s’est contentée d’aménager la berge.

Plan du lavoir rive droite en 1896. La partie gauche (datant de 1816) et
présentant une cheminée n'existe plus aujourd'hui.                                (A.D.E.)

 


C’est le 5 juin 1877, qu’un projet de construction d’un lavoir est autorisé. Le bâtiment sera construit sur la rive droite, il s’agit de notre lavoir actuel. Simple et fonctionnel (les travaux sont adjugés à Monsieur Dezé pour 3 160,12 francs), il suit un plan type : trois murs de pierres et de briques « Périchon » supportant une charpente en bois à une seule pente, couverte bien sûr de tuiles « Périchon » (du nom du fabriquant local de l’époque, qui produisait des tuiles mécaniques, tout à fait dans le goût de cette fin du XIXe siècle). On accède au lavoir pavé de grès par un passage de porte ménagé dans le mur du fond. Les Menneçoises disposent à présent d’un lieu vaste et moderne, face au vieux lavoir de 1816, conservé sur la rive gauche.

Plan de la construction de la coulerie en 1896. On remarque les deux grands
baquets de l'étage et la cheminée d'aération du toit, toujours visibles en 2004.
                                                                                                           (A.D.E.)

Plan de la construction de la maison Servain en 1896. On remarque le séchoir qui occupe tout le 1er étage.                                                                     (A.D.E.)

L'arrière des constructions maison-séchoir et coulerie. (Cliché W. Duchon, 2004)


On a conservé le lavoir de 1866 et le nouveau bâtiment lui fait suite (la partie la plus ancienne, encore visible sur la carte postale reproduite ci-après, ainsi que le lavoir situé sur la rive droite seront démolis au XXe siècle).

 
Les tuiles mécaniques sont marquées Périchon Mennecy. Elles sont d'origine et proviennent de
la fabrique locale (il serait absurde de restaurer le toit du lavoir en petites tuiles).
Photo de droite : tuiles marquées Périchon Mennecy.                               (Cliché W. Duchon, 2004)
 


A partir de 1877, il n’y aura plus de problème majeur concernant le lavoir. Les conseillers municipaux devront simplement gérer les affaires courantes, plus ou moins anecdotiques, touchant le lieu ou le blanchissage du linge :
- le 5 juillet 1892, le maire est conduit à prendre en considération la réclamation formée par MM. Delpuech et Calemard qui s’offusquent que « en cette saison, beaucoup de baigneurs viennent au lavoir municipal se baigner sans caleçon et gênent les personnes qui sont au lavoir. » (nous ne sommes pas étonnés de la plainte de M. Calemard. Très soucieux de la morale, il est le généreux donateur du legs en faveur des jeunes filles méritantes de la commune).
- le 30 novembre de la même année, suite aux risques d’évolution des épidémies, il est fait défense de laver du linge aux fontaines publiques.
- le 15 mai 1894, on aménage l’accès au lavoir : « les anciennes grilles du Pont Brûlé (c’est le deuxième pont vers Montauger) vont être placées en bordure de la route avec descente pour les brouettes des laveuses qui, en l’état actuel, quand elles ne sont pas enlevées par les passants, restent sur le trottoir et même sur la route les encombrant ».
- enfin, le 4 juin 1895, on décide de louer à bail le lavoir communal pour 18 ans. C’est la fin de l’accès libre et quasi naturel, mais ce n’est pas pour autant le début d’un accès payant : « Les places du lavoir, l’étendage et le droit de faire du feu aux cheminées seront absolument gratuits ». « Le lavoir devra toujours être à la disposition du public, il sera ouvert tous les jours de la semaine y compris le dimanche, au lever du jour et fermé au coucher du soleil. Avant son ouverture, il devra être nettoyé de façon convenable. Aucune préférence ne pourra être accordée ou demandée pour qui que ce soit et les places resteront à la libre disposition des premières personnes arrivantes ou occupantes. La police et la surveillance devra (sic) être faite par le locataire de façon à ce qu’aucun désordre ne se produise… ». En outre, « le locataire sera tenu de fournir à toutes celles des laveuses qui en feront la demande, de l’eau chaude, qui sera prise à la coulerie dont il sera ci-après parlé, cette eau chaude devra être tous les jours à toute heure à la disposition du public. Il ne pourra être réclamé pour cette eau chaude plus de cinq centimes par seau. »
Les familles Servain puis Fillion seront les bénéficiaires de ces baux et devront également « veiller à la qualité de l’eau de la rivière, quitte à curer si besoin ». En échange, le locataire aura droit à deux places pour ses propres employées, ce qui suppose l’autorisation d’ouvrir sur le domaine communal une petite entreprise de blanchissage.
Cette même année 1895, M. Servain, le premier preneur du bail, s’engage à bâtir un petit bâtiment « dit coulerie », mesurant 6m x 6m, et une maison d’habitation comprenant un étage pour le séchage du linge. Nous avons retrouvé les plans concernant ces constructions : il s’agit bien des éléments reproduits sur les cartes postales anciennes. Ils seront construits l’année suivante.

Les lavoirs au début du XXe siècle.                                           (Collection Mesh)

 

Conclusion :

Ainsi, à côté du lavoir de 1877, c’est en 1896 que sont construits les petits bâtiments que nous connaissons encore aujourd’hui et qui méritent également une restauration.
Le vieux lavoir qui menace ruine, la coulerie et la petite maison-séchoir attenante, ne forment-ils pas un ensemble cohérent, témoin d’un certain besoin social de la fin du XIXe siècle ?

 

La coulerie de 1896, côté route. Tout est encore en place, jusqu'à la grille de fer protégeant l'escalier et la jolie petite cheminée d'aération.                                                                                 (Cliché W. Duchon, 2004)

 

 

 


1816

 (29 octobre) La commune de Mennecy se dote de lavoirs couverts « ce jour, il a été procédé à l’adjudication de deux lavoirs à construire près le pont de Mennecy ».

1816

Construction sur la parcelle au bord de l’Essonne d’un lavoir de « 20 pieds de long ».

1817

(28 décembre 1817) l’Autorité administrative réglemente l’accès des lavoirs communaux (pour les étrangers à la commune.

1823

 Les deux lavoirs couverts  (aux romantiques toits couverts de roseaux) apparaissent très nettement sur le plan cadastral (Les deux parcelles sont déclarées communales en 1823).

1850

 la commune procède à un échange avec M. Louis Delhumeau qui, par lettre du 28 avril, « promet et s’engage à titre d’échange avec la commune de Mennecy de laisser toute la portion de terrain qui se trouve entre la route départementale n°30, la rivière de l’Essonne et la fausse rivière qui vient d’être établie, moins une banquette attenant à cette fausse rivière d’une largeur d’un mètre dans toute sa longueur et d’une superficie de 50 ca.

1851

(3 décembre), l’Assemblée nationale, « décidée à soulager les classes laborieuses », avait voté un crédit de 600 000 francs, « destinés à la construction de lavoirs publics, devenus des équipements prioritaires ».

1866

(18 juillet 1866) Le conseil municipal de Mennecy vote le principe de reconstruction des deux lavoirs de 1816 devenus vétustes.

1866

 Mennecy compte ainsi deux beaux lavoirs neufs et agrandis.

1871

(automne) Jean-François Félix Challeton, va mener une bataille sans merci contre la pauvre commune de Mennecy.

1871

(à partir) Ledit Guerton est violemment en conflit avec ledit Challeton.

1873

(30 janvier), « M. le maire donne connaissance d’une demande formée par le sieur Challeton, propriétaire à Montauger, tendante (sic) à poursuivre la commune de Mennecy pour avoir fait une construction d’un lavoir sur sa propriété. » 

1873

La commune de Mennecy occupe une parcelle au bord de l’Essonne « depuis un temps immémorial (Lettre écrite par le Préfet de Seine-et-Oise au Ministre de l’Intérieur

1873

(juillet) Autorisation préfectorale en faveur d’une expropriation, la commune est condamnée à démolir le lavoir. Elle s’exécute, démolit l’extension faite en 1866, juste avant d’obtenir… la fameuse autorisation 

1877

(5 juin) Un projet de construction d’un lavoir est autorisé. Le bâtiment sera construit sur la rive droite, il s’agit de notre lavoir actuel.

1894

(5 mai) On aménage l’accès au lavoir : « les anciennes grilles du Pont Brûlé (c’est le deuxième pont vers Montauger) vont être placées en bordure de la route avec descente pour les brouettes des laveuses qui, en l’état actuel, quand elles ne sont pas enlevées par les passants, restent sur le trottoir et même sur la route les encombrant ».

1895

(4 juin)Le lavoir communal est loué à bail pour 18 ans.

1895

M. Servain, le premier preneur du bail, s’engage à bâtir un petit bâtiment « dit coulerie », mesurant 6m x 6m, et une maison d’habitation comprenant un étage pour le séchage du linge.


Notes et sources :

Voir revue numéro 80, juin 2004.

 

 

Cette synthèse ne peut être reproduite sans autorisation préalable de
l'association Mennecy et son Histoire.